Au départ, il y avait les mallettes....
Désormais aussi les livres !
Pour répondre à une demande croissante, un important travail d'édition est en cours. Entamé en 2000, trois tomes sont actuellement déjà disponibles dans le commerce chez Érasme.
Arlette Davoine et Marie-France Debacker sont respectivement professeurs d'étude du milieu et de psychopédagogie au Département pédagogique de la Haute École Roi Baudouin à Braine-le-Comte. Elles forment des instituteurs et institutrices préscolaires et primaires.
Michel Wautelet est professeur de physique à l'Université de Mons-Hainaut.
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Cet ouvrage est le fruit d'une étroite collaboration entre spécialistes de terrain exerçant dans des domaines complémentaires. Il s'adresse aux enseignants, futurs enseignants et animateurs soucieux de mieux prendre en charge l'éveil des plus jeunes aux sciences physiques.
Chacun de ces livres s'insère dans la collection d'éveil scientifique, cycle 5/8 et au-delà (5 à 12 ans moyennant adaptations conseillées).
Les trois ouvrages sont conçus selon le même principe qui vise à :
Au fil des rencontres et formations, quelques questions reviennent souvent... Nous y répondons...
Pourquoi avez-vous édité les fiches et pas les mallettes?
Arlette Davoine : «Si nous avons choisi
d'éditer les fiches pédagogiques et non le
matériel, c'est par souci pédagogique d'une part et pour
répondre, de manière démocratique, à un
besoin d'autre part. Expliquons-nous.
En choisissant d'éditer les fiches pédagogiques, nous
avons voulu perfectionner encore notre travail et aboutir à la
fiche de préparation d'activité complète
(compétences spécifiques disciplinaires et
transdisciplinaires, étapes méthodologiques, notions,
progressions, évaluations,...) telle qu'exigée
actuellement par l'inspection. Nous nous distinguons donc des
nombreuses fiches actuellement disponibles dans le domaine de
l'éveil scientifique et qui se limitent souvent à donner
des idées d'expériences éparpillées dans
différentes matières.
Chacune de nos fiches pédagogiques s'insère dans une
progression étudiée (séquences d'activités)
et à propos d'une matière bien isolée ou
précisée (principes physiques) (par exemple 5 fiches et
donc autant d'activités pour découvrir progressivement le
principe de symétrie des miroirs : cfr tome 1 Optique,
chapitre «miroirs» ). De plus, ces fiches intègrent
systématiquement l'éveil scientifique au coeur des autres
disciplines : il s'agit donc d'une démarche
pédagogique recherchée qui constitue d'ailleurs une autre
spécificité de notre méthode.
En disposant d'une série d'activités
préparées en progression et intégrées
à propos des différents principes physiques concernant
une matière, l'enseignant peut :
Bref, nous pensons que nos fiches qui guident l'enseignant
jusqu'à la rédaction précise de son journal de
classe sont primordiales, ce sont elles qui donnent le ton. Le
matériel ne vient qu'en second lieu : il est construit ou
sélectionné en vue d'aboutir à l'objectif
annoncé. Le matériel est donc au service de la
séquence d'activités et non l'inverse! Justement, dans le
domaine de l'éveil scientifique, beaucoup tombent dans le
travers inverse en pensant qu'il suffit de donner du matériel,
en quantité et parfois sans discernement pour «faire
agir» les enfants. Nous pensons qu'il faut bien sûr les
faire agir mais dans des conditions finement préparées,
en respectant le principe d'isolement des critères un par un et
en ayant un objectif».
Michel Wautelet : «D'ailleurs, dans l'introduction
du tome 1, nous insistons sur l'importance pour l'utilisateur de
s'approprier notre méthode. Nous ne voulons pas d'une
utilisation servile : nos fiches servent de repères, on
peut «en sauter», on peut les «adapter», on
peut en ajouter... Et il n'est pas recommandé de vouloir tout
faire! Il suffit pour mesurer l'importance de la tâche de savoir
par exemple que 16 mallettes (c à d bacs) correspondent aux
activités proposées dans le tome 1.
Nous avons donc voulu guider l'enseignant du terrain dans sa pratique
quotidienne. C'est pour cette raison que nous avons introduit la note
du physicien (qui rappelle, rassure ou reprécise ce qu'il est
nécessaire de savoir quant à la matière, chaque
fois que nécessaire). De même, la note du pédagogue
soutient l'adaptation et les choix du maître aux prises avec la
réalité du terrain.
Donc, en éditant nos fiches qui n'étaient au début
que très succinctes, nous avons voulu les perfectionner (ceux
qui ont eu l'occasion d'emprunter les mallettes avant l'édition
des livres qui les accompagnent mesureront le chemin parcouru) pour
soutenir le travail des gens de terrain en leur offrant le fruit de
notre longue expérience.»
Marie-France Debacker : «Nous ne sommes pas une
agence commerciale, en louant nos mallettes, nous ne recherchons pas le
bénéfice! Le petit prix demandé pour chaque
location couvre à peine les réparations et l'usure. Nous
ne possédons qu'un seul exemplaire de chacune. Si nous avions
voulu éditer ces mallettes, pour répondre à la
demande (si vous souhaitez emprunter nos mallettes, tenez compte du
fait qu'il vaut mieux réserver à l'avance), nous aurions
dû réaliser notre matériel dans des
matériaux coûteux et le prix de location aurait
été peu attrayant! Nous n'aurions pas contribué
à rendre les sciences plus accessibles! D'autre part, nous
estimions qu'éditer du matériel nous amenait à
figer une fois pour toutes le travail proposé alors que nos
mallettes ne cessent d'évoluer ou de s'adapter selon les
circonstances.
Surtout, il nous a semblé plus astucieux pour insérer
l'éveil scientifique dans la vie de la classe, d'utiliser du
matériel courant comme on le fait dans le cadre des autres
disciplines. Sortir du «beau matériel» que l'on
utilise exceptionnellement, que l'on craint de perdre ou d'abîmer
nous semble être une façon inconsciente de tenir les
enfants «à distance» de l'éveil scientifique.
En effet, de manière générale, beaucoup
contribuent, encore à l'heure actuelle, et souvent sans s'en
rendre compte, à maintenir la science inaccessible, mais il
s'agit là d'un autre débat...
En résumé et pour appuyer les dires de ma
collègue, Arlette Davoine, commercialiser nos mallettes ne nous
semble pas le plus approprié pour démocratiser le
goût des sciences. Par contre, si nous pouvions disposer de fonds
pour les multiplier en quelques exemplaires et pour en faire des
dépôts aux quatre coins du pays ou même bien plus
loin? On peut rêver, nous serions prêts! Nous avons
même de plus vastes projets (rêves) dans nos cartons qui
consisteraient par exemple à former des animateurs en
éveil scientifique selon notre méthode
spécifique... Nous pourrions aussi mettre en place un service de
remplacement des instituteurs... Imaginez : avec leurs mallettes
pédagogiques toujours prêtes et pas seulement les
mallettes scientifiques, puisque nous en avons aussi à
thèmes, un staff d'enseignants pourrait voler au secours des
écoles en panne d'instit! Mais tout cela, c'est du rêve,
revenons à la question pour conclure que dans nos livres, nous
donnons toutes les clés pour que le lecteur constitue ses
propres mallettes en fonction de ses besoins ou simplement en
«reproduisant» nos réalisations dûment
détaillées, schémas à l'appui si
nécessaire.»
A l'heure actuelle, on parle beaucoup du retour au manuel scolaire, vos livres en sont-ils ?
Marie-France Debacker : «Nous pensons en effet que
le manuel scolaire peut être un excellent outil pour aider les
élèves et les enseignants à une certaine
cohérence et continuité. Actuellement, apparaissent sur
le marché, de nombreux livrets scolaires dans le domaine de
l'éveil. C'est une bonne chose, néanmoins, dans notre
équipe, nous restons souvent tous les trois sur notre faim quant
à la cohérence et l'approfondissement au niveau des
matières traitées dans les manuels destinés au
fondamental.
Par notre approche, nous nous démarquons totalement de cet
éparpillement, car nous avons pris le parti d'étudier
systématiquement les différents principes physiques
relatifs à un même phénomène. Par exemple,
en ce qui concerne le thème des miroirs, un des quatre chapitres
(thèmes) du tome 1 «Optique», nous passons en revue
le principe de réflexion de la lumière, puis le cas des
images multiples lié à l'incidence de l'angle. Ensuite
seulement, on aborde de manière progressive le principe de
symétrie, puis celui des images déformées et celui
des images cachées.
Bref, notre démarche se veut approfondie, progressive,
systématique. En développant ce programme qui accorde
aussi de l'importance à l'analyse de la matière, nous
pensons apporter cette cohérence attendue des manuels scolaires.
Bien entendu, nous pensons que les instituteurs ne sont pas tenus
d'envisager tout ce programme, mais qu'au moins, ils isolent les
principes et qu'ils en approfondissent au moins un en le situant dans
l'ensemble de la matière»
Arlette Davoine : «Nos livres ne se
présentent pas à proprement parler comme des manuels
scolaires, du moins si l'on estime que le manuel scolaire est mis tel
quel à la disposition des élèves.
Nos livres en sont un peu l'intermédiaire, une formule mixte
aurais-je envie de dire... Tout d'abord, chacun des trois tomes propose
des fiches d'observation photo copiables pour l'élève.
Celles-ci pourraient s'insérer en bon ordre dans la farde de
l'élève au sein d'observations plus libres, de
comptes-rendus, de photos,..."
Michel Wautelet : "D'un autre côté, on
avance souvent le fait que le manuel scolaire aide l'enseignant
à organiser sa matière, à la programmer dans le
temps. De ce point de vue, les trois tomes des "Sciences à la
portée des petites mains", répondent largement à
ce critère. En effet, l'instituteur(rice) est guidé(e)
pas à pas, à la fois dans l'ordre des activités
à proposer aux élèves et dans le
rafraîchissement de ses connaissances. Dans un seul fichier, se
combinent ainsi livre du maître et éléments du
cahier de l'élève. Et l'enseignant, tout en étant
guidé de manière rapprochée, garde sa
liberté d'agencement des activités en fonction des
réalités de sa classe."
En quoi consistent les documents photo copiables qui sont réunis à la fin de chaque livre?
Arlette Davoine : "Notre objectif principal
étant de placer l'enfant en interaction avec la matière,
nous pensons qu'il est primordial de le rendre autonome au maximum. Les
documents photo copiables placés en fin de volume visent, pour
la plupart, à guider l'enfant dans ses observations.
Après une phase de découverte du matériel et de
manipulation libre, l'élève est invité à
suivre et compléter, à son rythme, la fiche d'observation
correspondante; il garde ainsi une trace personnelle de son travail. Ce
document s'avèrera bien utile lors de la mise en commun des
résultats des autres enfants de la classe. Un tel document
développe les compétences transversales de "savoir
représenter" et "savoir structurer".
Marie-France Debacker : "Voici un exemple de fiche
d'observation qui montre bien, à la fois, la manipulation
effectuée et le résultat obtenu;"
Arlette Davoine : "Pour certains ateliers, où
l'enfant doit apprendre à utiliser un outil ou bien trier des
objets selon certaines de leurs qualités, nous proposons de
simples fiches de travail ou de jeu; elles donnent une tâche
à effectuer mais ne sont pas le reflet du principe physique
découvert grâce à la manipulation. Ce type de fiche
doit être suivi d'une structuration qui représente sous
une forme choisie, le principe découvert."
Marie-France Debacker : "Il est bon de varier les
procédés d'approche du "savoir expérimenter" que
l'on veut développer chez l'enfant. Pour cela, parmi les
documents expliqués ci-dessus, le lecteur trouvera
également, des fiches-montages : elles représentent
le dispositif final auquel l'enfant doit aboutir à partir du
matériel mis à sa disposition pour pouvoir
réaliser l'expérience. Elles diffèrent des modes
d'emploi "classiques" dans la mesure où les étapes
intermédiaires ne sont pas toujours représentées
et où une place est laissée à la
représentation des résultats."
Arlette Davoine : "Enfin, nous avons cru bon d'y
glisser quelques fiches de renforcement ou de contrôle des
acquis." (cfr, par exemple, Relie le personnage à son ombre,
tome 1 l'optique, "ombres et lumière")
Marie-France Debacker : "Donc, pour
synthétiser, notre méthode a la particularité de
présenter différents types de fiches (documents photo
copiables) destinées à l'élève :
Toutefois, une remarque importante s'impose. Il n'est pas toujours nécessaire de proposer un document-guide à l'enfant; une autre méthode nous tient à coeur : le constructivisme, où l'enfant, confronté à un problème sous forme de consigne simple, s'applique à le résoudre par essais et erreurs. Dans ce cas, nous pensons indispensable, de faire dessiner "à chaud" par l'enfant, la solution trouvée avant de passer aux documents de structuration, de renforcement et de contrôle où la représentation est celle de l'adulte."
Quel est le lien entre les mallettes et les livres?
Marie-France Debacker : "Au départ, il y a eu
les mallettes (matériel et fiches simples); actuellement trois
livres recouvrent l'exploitation de huit mallettes, nous devrions
d'ailleurs parler de kits, car lorsque nous disons "une mallette", il
faut sous-entendre à chaque fois plusieurs bacs. Les livres
permettent l'accès d'un plus grand nombre à nos
idées, ils proposent la confection de mallettes "sur mesure", et
ils peuvent être utilisés en parallèle avec les
mallettes que l'on peut louer à la H.E.R.B. (un seul exemplaire
de chaque). Toutes les fiches des livres correspondent exactement aux
contenus des mallettes. Comme celles-ci continuent d'évoluer au
fil de nos expérimentations sur le terrain, des idées et
du matériel viennent constamment s'y ajouter...
Pour le tome 1 "Optique", correspondent 4 kits de mallettes :
Pour le tome 2, "L'eau", première partie, correspondent 2 kits de mallettes :
Pour le tome 3, "L'eau" deuxième partie, correspondent deux autres kits :
Arlette Davoine : "Outre ces huit kits, nous avons aussi développé 17 autres mallettes à propos de l'environnement et des sciences physiques. Et avec notre volet de mallettes thématiques, nous dépassons les cinquante! En ce qui concerne les mallettes "physique", nous avons le projet de continuer peu à peu le perfectionnement sous forme de fichiers, en bref, nous pensons déjà au tome 4..."
Les expériences, c'est bien, mais on n'a pas le temps! Comment faire?
Arlette Davoine : Plus qu'une question, cette
affirmation nous est souvent donnée comme argumentation finale!
Justement, notre méthode qui veille à intégrer le
plus possible l'éveil scientifique au coeur des autres
disciplines permet déjà de répondre, en partie,
à cette difficulté de gestion du temps.
En ce qui concerne la mise en place des ateliers purement scientifiques
(qui s'insèrent dans une longue démarche
interdisciplinaire), des pistes d'organisation pratiques sont collationnées dans l'introduction du tome 3 "L'eau, deuxième partie"
On n'a pas de place! Que faire?
Marie-France Debacker : " Cette remarque est souvent
le corollaire de la précédente. Comme le dit ma
collègue, qui est une fonceuse : "mais squattez le
réfectoire pour tout ce qui mouille, salit ou se renverse!".
J'ajouterais volontiers, que, contrairement à ce que l'on pense,
beaucoup d'expériences ne prennent pas trop de place, surtout si
on se rappelle que l'on n'est pas obligé de mettre toute une
classe en expérimentation au même moment! Nous consacrons
tout un chapitre,
dans le tome 3 "L'eau, deuxième partie" à ce propos. Et
nos bacs, facilement transportables, peuvent s'empiler pendant le temps
de location dans un petit coin; dès que l'on a terminé de
s'en servir, on les ramène au centre de location!
On n'a pas de sous! Que faire?
Arlette Davoine : "Et voilà, pas de temps,
pas de place et... pas de sous! Combien de fois, ces trois
problèmes ne reviennent-ils pas sur le tapis! Pour l'aspect
financier, finalement, nous pensons que c'est un faux problème.
Et notre méthode des "Sciences à la portée des
petites mains", en particulier, y répond de plusieurs
façons :